Il faut le dire aux abeilles

Sylvie NEEMAN, Nicolette HUMBERT, Il faut le dire aux abeilles, La Joie de Lire, 2011

abeilles

Aborder le thème de la mort de façon poétique et artistique, pudique et profonde, légère et positive, tel est le pari très réussi de cette création audacieuse qui nous immerge au cœur d’un sujet grave : le décès d’un être aimé.

Dès la couverture, nous voici paradoxalement immergés au plein cœur de la vie ! Corbeille de fleurs mellifères aux couleurs estivales et chatoyantes s’ébattent dans un immense champ et nous convient à pousser les barrières d’un jardin rucher… Malheureusement, l’envers du décor apparaît rapidement lorsque nous apprenons que ce jardin a perdu une partie de l’âme qui l’habitait : l’apiculteur est mort… Dans la petite cabane à outils, les larges bottes attendent désespérément que quelqu’un leur emboîte le pas, les gants semblent tombés dans un sommeil profond, l’arrosoir patiente jusqu’à la prochaine goute d’eau qui le ravivera… L’absence est là.

Mais comment l’expliquer aux abeilles ? Quels termes employer ? Leur dire qu’il est parti pour un long voyage, qu’il est au ciel, s’amuse avec les anges… ?

Non, quand un apiculteur meurt, il faut le dire aux abeilles !

Ainsi s’égraine, sous notre regard inondé de lumière émanant des superbes photographies de Nicolette Humbert, cette évocation forte et pudique, cette déclinaison audacieuse sur le thème de la disparition et surtout la façon de communiquer sur ce sujet avec les enfants. Car ceux-ci, dans ce domaine aussi, possèdent des droits ! Le droit de savoir, c'est-à-dire de ne pas entendre desdiscours flous plus angoissants que rassurants ; le droit de pouvoir exprimer leurs sentiments de tristesse et de désarroi, sans honte et sans retenue. Mais surtout, le droit de renaître à la vie : une étape qui ne sera possible qu’après avoir laissé venir à la surface une série d’émotions légitimes et trop souvent contenues.

Car tel est bien, finalement, le tour de force de cette belle création : nous faire prendre conscience de la force vitale qui sommeille en chacun d’entre-nous et esquisser les sentiers qui mènent à la véritable renaissance, éloignée de l’errance des mensonges ou des faux-semblants.

F.V.

Mon cauchemar et moi. Yohan Sacré

MonCauchemarEtMoi

Un petit garçon se retrouve dans un monde où les arbres poussent à l’envers, les cerfs ont des épines sur le dos et où l’on devient ami avec un monstre…

Les premières pages naïves de ce livre nous cache une bien sinistre vérité ! « Un véritable mélange du monde onirique de Miyazaki et de Burton. »

Yohan Sacré, 21 ans, nous livre une BD totalement inclassable mais remplie d’émotions. D’abord publié gratuitement sur le net, cet  album a été plébiscité par les internautes pour être imprimé sur papier. Un album qui nous laisse sans voix !

Mon cauchemar et moi. Yohan Sacré. Editeur : Manolosanctis. Collection Styx

La gigantesque petite chose

Béatrice Alemagna. La gigantesque petite chose. Editions Autrement jeunesse, 2011


beatrice

C’est quand le bonheur ? La question est à la mode. Plus particulièrement dans nos sociétés capitalistes qui, sans relâche, harcèlent adultes comme enfants, à la nécessité de cette quête présentée le plus souvent comme étant à la portée de notre main de consommateur gourmand et jamais assouvi. Heureusement, les livres de qualités et la poésie sont là pour résister comme des barrières pour ne pas sombrer… Ce grand album majestueux fait partie de ces garde fou qui nous présente le bonheur, non pas comme une grande chose que l’on atteint une fois pour toute, mais comme une myriade de petits instants présents, fragiles parfois, mais toujours à saisir et à vivre. Le propos n’est pas nouveau en littérature de jeunesse mais cela n’enlève rien à l’originalité de cet album. Premièrement car la construction narrative est telle qu’elle ne dévoile le sujet qu’à la fin du récit, symbolisant à merveille le long cheminement qu’il faut faire pour atteindre cette gigantesque petite chose… nommée bonheur. Deuxièmement, car, ce grand format aux illustrations gigantesques nous plonge dans une immensité du trait qui contraste avec cette petite chose invisible et gigantesque pourtant !

F.V.  

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